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Carpe Ouest est morte, vive l’UNCL !

Steve - 28 novembre 2012 - Actualités du monde de la carpe, Monde associatif et législation - Commentaires fermés

Et voilà, c’est fait, en cette fin novembre 2012 l’association Carpe Ouest est morte, vive l’UNCL, l’Union Nationale des Carpistes Libres.

Pour résumer, Carpe Ouest était une association créée sous le coup de la loi 1901, elle visait à promouvoir la pêche dans le domaine public. Née en 2010, Carpe Ouest a rapidement donné naissance à quelques antennes aux noms et objectifs plus ou moins flous : la CATAC, tout d’abord, cellule destinée à lutter contre le trafic de poisson, initiative honorable s’il en est, le NCL ensuite, pour Net Carpiste Libre, initiative inutile et incohérente surtout au vu de la façon dont elle agit, et enfin aujourd’hui l’UNCL.

Le leitmotiv de l’UNCL : tenter de rassembler des pêcheurs, avec en point de mire la défense d’un domaine public mis à mal dans un contexte économique ultra-libéral faisant la part belle aux entreprises privées. L’UNCL se veut un peu l’enfant spirituel de feu l’UNCM, l’Union Nationale des Carpistes en Mouvement. Vous suivez toujours ?

En tant qu’observateur extérieur l’initiative est forcément à saluer. Elle pose cependant question a bien des égards et, décidément, nos amis français ont l’art de diviser et de compliquer les choses. A l’heure où l’on nous parle de pêche sportive, de pêche de loisir, il est difficilement compréhensible de voir ainsi naître une Union Nationale (les nationalismes n’étaient-ils pas périmés ?!) défendant la liberté des pêcheurs en les divisant, et il n’y a que dans le monde de la pêche à la carpe que l’on voit ce genre de chose. J’ai beau chercher, je ne trouve pas d’Union Nationale des Footballeurs Libres où les uns adeptes de la vidéo dans l’arbitrage lutteraient au nom d’une sacro-sainte liberté contre ceux qui ne le sont pas, pas non plus d’Union Nationale des Rugbymans Libres, pas non plus d’Union Nationale des Pêcheurs Libres. Comparaison n’est pas raison, mais je ne comprends pas d’où peut provenir ce besoin de se dire libre : quand on est libre, nul besoin de le clamer haut et fort, encore moins de se coller une pancarte dans le dos.

Cela dit, il y a bel et bien un critère fondamental par lequel la pêche se distingue des autres activités dites sportives ou de loisir, c’est son terrain de jeu, la nature. La nature appartient à tout le monde, ça complique fortement le débat et c’est sans doute pour ça qu’il est difficile de désigner une instance institutionnelle digne de ce nom. Qui existe pourtant bel et bien en France.

Dès lors, si l’action de Christophe Courtois, ancienne figure de proue du magazine Carpe Challenge, et de ses amis est certes louable, elle pose aussi la question des institutions et des instances de la pêche (à la carpe). Là où la FIFA et l’UEFA, voire la FFF par exemple et puisque toute cela se déroule en France, là où ces institutions chapeautent le football, la pêche de la carpe en France est chapeautée par … le GN carpe. Sujet tabou parmi les sujets tabous. Comment se fait-il qu’il revienne à des citoyens de prendre ainsi un rôle officieux et ô combien important ? Nous savons que toute initiative idéologique est bien souvent tributaire de moyens financiers et/ou humains. Sauf erreur de ma part, moyens financiers que n’a pas l’UNCL, contrairement au GN Carpe. Bref, que fait la police, à part organiser Montluçon et les championnats de France de pêche à la carpe ? Activités rémunératrices s’il en est. A titre informatif, un évènement comme le salon de Montluçon, uniquement par les entrées, rapporte plus de 175.000 €, auxquels il faut bien évidemment soustraire les frais qui, grosso modo, ne doivent pas dépasser les 25.000 €. Ajoutons à cela le sponsoring des compétiteurs, regardons ensuite la gueule du site du GN Carpe et nous comprenons qu’inévitablement le GN Carpe semble avoir des trous dans les poches. Peut-être la tête pensante du GN Carpe est-elle en train d’en boire une petite avec Kéké au bistrot du coin, et peut-être discutent-ils le coup à amorcer pour faire une belle pêche, pendant que nous autres pêcheurs sommes en train de nous battre pour notre pseudo liberté et pour remettre les carpes dans le droit chemin du domaine public. Comprenons nous bien, je ne remets nullement en question l’initiative courageuse, qui a le mérite d’exister puisque personne d’autre ne fait rien.

La pêche de loisir est un méga-business. C’est un fait avéré, inutile de revenir là-dessus, on n’empêchera pas le commerce de la pêche de loisir, à certains égards c’est tant mieux. Prétendre que l’activité commerciale tournant autour de la pêche est seule responsable de tous les maux n’est pas honnête intellectuellement non plus, la généralisation n’est pas porteuse de raison au même titre que l’uniformisation est un piège à éviter. Il faut cependant reconnaître que la marchandisation de la pêche amène bien des complications et éloigne le pêcheur des gestes simples. Et c’est une euphémisme que de le dire ainsi. Au même titre que voler des carpes pour pouvoir attirer les pêcheurs en quête de sensations est une basse tromperie philosophique et spirituelle, voler des carpes du domaine public pour alimenter un plan d’eau privé qui servira à la promotion de différentes marques de pêche est un scandale, ni plus ni moins.

J’avoue qu’à titre personnel, j’ai un souci également à voir qu’au bout du compte, recréer un environnement naturel pour y placer des beaux gros poissons en proposant des séjours à 300€ la semaine me désenchante de plus en plus, mais c’est un autre débat.

Alors, forcément, en tant qu’amoureux des espaces sauvages, et nous en avons en Belgique, mais pas autant que sur le territoire français où je pêche de temps à autre, je me sens concerné par cette action. Si la critique est aisée, l’art est difficile, cela n’empêche pas la critique de se vouloir constructive d’autant qu’elle est destinée principalement aux pêcheurs qui acceptent de se voir ainsi floués par ceux à qui ils donnent leur argent sous le couvert d’une passion dévorante, qui a bon dos. Entendez par là à certains gestionnaires de privés peu scrupuleux de leur fond de commerce et aux organismes officiels qui forniquent avec l’agresseur. En étant puritain, on pourrait associer dans cette réflexion d’autres acteurs économiques. Ce n’est pas cracher dans la soupe que de le dire, c’est simplement la goûter et constater que certains ingrédients semblent avoir été oubliés.

Puisque c’est bien souvent de moyens dont il est question, pourquoi ne pas impliquer raisonnablement ceux qui font de plantureux bénéfices sur la pêche de loisir ? Le sponsoring dans le football, par exemple, permet bien de construire des stades, pourquoi le sponsoring dans la pêche ne permettrait-il pas d’entretenir des cours d’eaux, plutôt que d’organiser des compétitions ? Ce serait un juste retour des choses, cela permettrait éventuellement de créer de l’emploi, et cela ferait preuve de la bonne volonté de ces grands amoureux de la pêche. Tout en témoignant d’une vision à long terme, ça ne serait pas moins cohérent que de faire un médiatique procès d’intention stérile autour d’une table ronde en réclamant des sommes totalement arbitraires.

Enfin, je terminerai par là, il ne faut pas se focaliser sur l’unique cible du trafic de carpes, car c’est l’arbre qui cache la forêt. N’oublions pas, par exemple, que la pollution cause chaque année des dommages irréparables à nos cours d’eaux publics, et que nos gouvernements, directement ou indirectement, sont les plus gros pollueurs.

Que nous soyons pêcheurs de carpes amateur du privé, pêcheur de carpes amateur du public, pêcheurs de carnassiers, pêcheurs au coup ou pêcheurs en mer, nous sommes d’abord et avant tout pêcheurs devant l’éternel, et nous partageons à peu de choses près les mêmes terrains de jeux, avec ou sans no-kill. Au même titre que pour l’agriculture, l’alimentation, l’enseignement ou encore la santé, s’il est un autre domaine où en aucun cas les intérêts financiers ne peuvent dépasser le bien commun, c’est bien celui de la Nature … bon courage à l’UNCL, donc, mais pas que, soyons tous responsables dans notre façon d’aborder la pêche et refusons d’être de simples con-sommateurs.

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