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Pêche rapide un après-midi de printemps

Steve - 7 avril 2010 - Récits de session - Commentaires fermés

Mardi 06 avril 2010. J’ouvre doucement les yeux et j’entraperçois, dans l’espace qui sépare la fenêtre de la tenture opaque qui la recouvre, un ciel bleu d’été. J’ai les yeux qui collent, mais je ne rêve pas : il fait un temps radieux, un temps à pêcher !

Pas encore levé, je décide de forcer une pêche dès l’après-midi, sur l’étang de l’Esclatière, à 3 minutes de chez moi. Mon matériel est prêt, à peu de choses près. J’ai des blacks tigers toutes fraîches, des billes ready-made et quelques boîtes de maïs. Encore des petits pellets 6 mm boostés au Mapple Cream, aussi. Quant au petit matériel, j’ai tout ce qu’il faut … et plus qu’un montage à faire. Et puis … Et puis … je suis allé amorcer plusieurs jours dans les deux semaines qui ont précédé. A chaque fois une dizaine de bouillettes, Prawn&Pepper et Demon Hot Demon de Starbaits, en 20 mm, et quelques pellets …

C’est définitivement décidé : j’irai pêcher aujourd’hui !

Je charge la voiture et me lance dans cette session rapide que je guettais depuis une bonne quinzaine de jours déjà.

Après l’heure, c’est plus l’heure : observer et s’adapter

Sur place, mes craintes se confirment : le beau temps à bel et bien le don d’attirer ces bestioles étranges que l’on appelle pêcheurs de carpe. La place que j’ai amorcée est prise et un autre pêcheur occupe un poste clef à l’opposé de l’étang. Note à moi-même : être plus matinal quand je compte pêcher un poste précis amorcé au préalable.

Je discute un peu avec les collègues qui m’apprennent qu’ils n’ont encore rien pris. L’un d’eux souffle même que la température de l’eau est encore assez basse, et que la seule journée ensoleillée d’aujourd’hui ne suffit pas à la réchauffer. Evidemment … Mais les mémères se remettent quand même en activité, je les ai vues les fois où je suis venu amorcer …

Je remarque que le vent vient sud-ouest, léger, une direction peu courante sur ce plan d’eau, because la configuration et l’enclavement dans une cuvette, bordée par une ferme médiévale assez imposante.

Malgré mon pré-amorçage, le poste que je voulais pêcher n’est peut être pas le meilleur aujourd’hui.

Tandis que le pêcheur qui m’avait accueilli me propose de me laisser sa place puisqu’il veut en changer, j’écoute mon pressentiment et je décide de me lancer vers le fond de l’un des deux bras. Si le vent tourne un peu ou bien se calme, je serai bien mis et pas trop loin de ma zone amorcée.

Il s’agit d’un bras qui vient longer l’îlot central à son extrémité. Les fonds sont uniformes, avec une profondeur d’environ 1m30 partout sauf au centre du bras où l’on trouve un chenal plus profond d’une vingtaine de centimètres, tracé par l’arrivée d’eau située 100 m en amont. C’est exclusivement vaseux à cet endroit généralement tapé par le vent, la nourriture naturelle finit généralement par s’y retrouver en quantités appréciables. Enfin, la difficulté majeure reste sans doute l’état très encombré des bordures, nombreuses souches et autres bois morts qui jonchent les rives. J’ai un corps de ligne en 30 centièmes seulement. Tant pis, je serai au taquet pour ne pas leur laisser le temps d’aller se tanker à l’un ou l’autre endroit …

Aussitôt dit, aussitôt fait, je me lance vers ce poste sur lequel j’ai déjà réalisé de bien belles sessions.

La stratégie du jour : penser différent

Pas vraiment d’activité en vue, mais je suis confiant malgré tout et me dépêche pour déballer le matériel. Une de mes deux cannes est déjà montée. Je l’esche d’une simple bille 20mm Demon Hot Demon que je booste avec le sweetner de la même gamme, pêche rapide oblige, et je lance ma première ligne sur le rebord montant du chenal.

En amorçage, je lance quelques poignées de pellets 6mm et six ou sept billes de 20mm, sur une circonférence d’un mètre autour de ma ligne. Pêche au spot.

Le montage de la deuxième canne prend du temps car je fais la rencontre de Maxime, 17 ans, qui a squatté le poste que j’avais amorcé mais qui apparemment ne connaît pas du tout l’endroit ni … les techniques modernes de la pêche à la carpe.

Ensemble, nous discutons le coup et il m’apprend que la place que j’occupe à donné du poisson la veille. Ca renforce ma confiance, même s’il s’agit là d’un élément finalement obsolète. Maxime est émerveillé par mon matériel pourtant pas merveilleux du tout. Choqué aussi par l’odeur de mes tigers nuts, appât dont il n’a jamais entendu parler. Il semble méfiant et me demande même si on prend des carpes avec ça. Je lui en donne quelques poignées et lui réalise un montage avec cheveu pour qu’il puisse tester et voir par lui-même.

Alors que je m’apprête à terminer le montage de la deuxième canne, arrive une colonie de cinq carpeux … parmi lesquels un pote que je n’avais plus vu depuis un bail. Rebelote du coup, discute, vieux souvenirs, tout ça. Je suis bien content de le revoir mais … j’ai toujours une canne qui ne pêche pas … et à présent deux pêcheurs qui sont installés en amont de mon poste. Si les carpes viennent du centre de l’étang, elles passeront forcément d’abord chez eux …

Je décide de me démarquer du reste de la troupe en utilisant mes noix tigrées, que personne ne semble connaître ici. Pour me démarquer un peu plus encore, car j’ai quand même donné quelques tigers à Maxime, j’équilibre mon montage d’une bille de liège que je coupe en deux, et je lance en bordure opposée, à un bon mètre d’une grosse souche partiellement immergée. J’amorce la canne léger avec quelques pellets et deux poignées de tigers nuts.

Enfin, ça pêche. Il doit bien être 15h30, déjà. L’étang est calme, mais pas les berges, car les carpeux sont assez bruyants. Je suis cependant heureux de partager quelques souvenirs avec Julien, avec qui j’ai fait les quatre cents coups étant plus jeune. Premières bitures, premières copines, premiers excès … Super Nintendo … C’était le bon vieux temps comme on dit.

Balade en barque …

Retour au présent tout aussi passionnant. Après une petite heure d’attente, le bip de ma canne de gauche retentit alors que nous sommes en train de prendre l’apéro. Je cours vers mon rod pod, attrape ma canne et resserre un peu le frein avant de ferrer le bestiau qui prend directement la direction des souches en bordure. La mémère prend du fil … Je resserre encore un peu le frein et le combat continue, mais j’ai pris du retard … Elle est apparemment coincée dans une souche ou un obstacle immergé, comme je le craignais. Je relâche la tension et desserre mon frein. C’est courir le risque de ne plus jamais la décoincer voire d’empirer la situation, mais c’est la seule solution. Je sens bien qu’elle y est toujours …

Après une quinzaine de minutes où je lâche et reprend du fil, sans succès, je décide de monter dans la vieille barque qui se trouve en bordure. J’attrape mon épuisette au passage. C’est le début d’un mémorable moonwalk en barque.

Alors que je m’approche de la rive opposée, je sens que la mémère s’est décoincée. La voilà même qui lâche le fond pour montrer le coin de ses barbillons. C’est une belle miroir, pas imposante mais relativement jolie par ses couleurs (on voit d’ailleurs, à sa robe jaune-orange, que le maïs est un appât fort utilisé sur ce plan d’eau … heu … oué). Elle reprend un peu de fil. Je me démène pour l’empêcher d’aller à nouveau se coincer. La barque tourne dans tous les sens et je deviens même l’attraction gratuite du moment. Je suis limité dans mes tentatives de redressement par les nombreux obstacles partiellement immergés qui m’obligent à garder la même direction pour ramener, et donc la barque finit par ressembler à un carrousel ! Une nouvelle fois, la bestiole remonte, elle commence à se fatiguer, voilà plus de 20 minutes que nous combattons. J’aperçois alors une perruque de fil jaune fluo coincée dans ma ligne, près de la gueule de bobonne. Je ne suis pas le premier à me casser les dents, et surtout la ligne, à cet endroit. Je redouble donc de prudence. Cinq bonnes minutes plus tard, fatiguée, la belle se laisse mettre à l’épuisette, j’ai mon premier poisson de l’année 2010, enfin !

De retour sur la berge, je constate que le montage équilibré a particulièrement bien été engamé malgré l’absence de gaine sur l’œillet du nœud sans nœud. La légèreté de l’ensemble provoque en effet une aspiration beaucoup plus rapide. Associée à un montage bloqué long d’une petite vingt-cinq-aine de centimètres, le piège est redoutable.

Le calme après la tempête

Je suis en confiance mais conscient que ce combat épique, sur une zone relativement restreinte, diminue fortement mes chances de capture pour l’heure qui vient. Le poisson a été effrayé, très certainement.

Je relance le montage au même endroit, pas vraiment le choix, et décide de prendre patience. J’en profite pour relancer la deuxième canne un mètre plus loin qu’initialement, en la décalant donc du bord du chenal. Et je relance bien sûr quelques pellets sur les deux cannes.

Ca re-pêche. Le vent s’est calmé et la surface de l’eau est lisse comme un billard.

L’heure tourne. Nous décidons d’allumer un barbecue pour casser la croûte du soir.

Re-apéro, forcément .

Alors que la viande ne cuit pas encore, un bip long et continu se met à retentir à nouveau. Cette fois, c’est la canne de droite, posée en bordure du chenal, qui s’est avéré gagnante ! Je chope le tout, protocole habituel du resserrage de frein et du ferrage. La carpe a pris la direction du large … Tant mieux ! Je pompe un peu histoire d’avoir un contact bien franc et je sens de suite que la bestiole ne me posera pas les mêmes problèmes que sa copine.

Effectivement, cinq minutes à peine suffisent pour fatiguer puis épuiser une petite carpe commune de 5 ou 6 kg.

Le soir commence tout doucement à tomber et, brocouilles qu’ils sont, les collègues de la bande se décident à replier bagage.

Maxime , lui, décide de rester encore un peu et, ensemble, nous discutons pêche et techniques en tous genres. Il a de l’activité sur son poste, qui est bel et bien un poste intéressant, d’autant que le vent ne souffle plus, mais apparemment il y a un truc qui cloche dans sa pêche.

Je pense que ses montages ne sont pas bien posés. J’ai également remarqué qu’il relançait trop souvent ses lignes, aussi, signe d’un manque de confiance ou d’un empressement. Enfin, ses pellets fraise en 4mm ne me semblent pas exceptionnels. Je ne manque pas de lui dire qu’on apprend énormément de ses capots et qu’il ne doit pas tout remettre en question, mais plutôt analyser avec raison les causes de son échec, tout en faisant preuve d’humilité face à la nature.

Maxime a plié bagages, il reviendra dans la semaine, m’a-t-il dit. Il ne reste à présent plus que moi sur les bords de l’étang. Je me roule une cigarette en pensant que la session va se terminer bientôt et … BIIIP, une bonne fois, puis plus rien. C’est la canne de droite, eschée à la Hot Demon. Je vois clairement mon fil se détendre : c’est une touche retour ! Je me débarrasse de mon tabac, empoigne la canne et le fil d’une seule main et ferre sans resserrer mon frein, chose que je peux me permettre vu la faible distance qui me sépare de l’endroit où était posée ma ligne. Je sens immédiatement un contact, que je tente de préserver tout en moulinant et en resserrant le frein. Re-note à moi-même : penser à me faire greffer un troisième bras pour les sessions de pêche.

Le combat est rapide et la belle se laisse relativement bien faire. Au bout de quelques minutes, j’épuise une seconde carpe commune, presque identique à la première, à la différence près qu’elle ne porte aucune trace de blessure aux lèvres.

J’hésite à relancer. Il commence à faire sombre, et je n’ai pas ma frontale avec ni aucune autre lanterne que ce soit. La prise récente, le calme de l’endroit et le souvenir d’une pêche de nuit mémorable sur ce plan d’eau, où j’avais capturé sept-huit carpes sur la nuit, finissent par avoir raison de moi. J’esche une nouvelle bille que je trempe dans le sweetner.

Tandis que je m’apprête à relancer, retentit un nouveau bip, long et continu, sur la canne de gauche, posée en bordure avec la tiger équilibrée. Je sens de suite la décroche au ferrage.

Ce départ me décide à plier bagage, je serais bien resté au moins pour la première partie de la nuit, mais ce n’est pas possible étant donné que je ne suis pas du tout équipé, ne fut-ce qu’au niveau éclairage. Or, une fois qu’elle tombe, la nuit tombe vite.

Je me résigne à tout replier, les jeux sont faits pour aujourd’hui.

Zenitude payante

D’su binaize, comme on dit dans l’Horrutois ! Les tigers préparées étaient censées être périmées depuis fin 2008, du moins c’était la date indiquée sur le sachet, or elles ont pêché, et bien pêché malgré un changement de programme dû au poste amorcé qui était occupé. Je suis parvenu à tirer quelques poissons sur un plan d’eau, il est vrai, que je connais très bien, même si la pression de pêche y a considérablement augmenté ces deux dernières années.

Voilà donc une chouette journée de pêche, avec une jolie triplette qui me laissera un bon souvenir, d’autant que, cerise sur le gâteau, j’ai eu l’occasion de revoir un ami et de partager avec lui apéro et barbaque qui, à l’occasion, font aussi le charme de la pêche !

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